Il rentre de l’école, lâche « je suis nul » et file dans sa chambre. Votre premier réflexe : lui dire qu’il est formidable. La psychologue clinicienne Dr Becky Kennedy conseille autre chose : rester à côté de lui et transformer ce mot géant en situation précise.
En bref
- Selon Dr Becky Kennedy, vouloir rendre son enfant heureux en permanence peut fragiliser son avenir émotionnel.
- La confiance naît de la présence du parent, pas d’un discours rassurant : on reste avec l’enfant dans son malaise.
- Face à des mots extrêmes, on passe du global au spécifique : on invite l’enfant à raconter ce qui s’est passé.
Le chiffre clé : Du global au spécifique, Le passage recommandé des mots extrêmes de l’enfant à une situation précise.
Rassurer à tout prix revient à préparer la route plutôt que l’enfant
Le scénario est connu. Votre enfant rentre, lâche « je suis nul », claque la porte de sa chambre. Vous voulez réparer vite : vous énumérez ses qualités, vous répétez qu’il est formidable. Ce réflexe part d’un bon sentiment, et pourtant la psychologue clinicienne Dr Becky Kennedy le remet en question.
Son point de départ : l’objectif que l’on se donne. Selon elle, viser le bonheur permanent de son enfant revient à cultiver sa fragilité et son anxiété une fois adulte. L’enfance sert justement à découvrir quelles situations on sait tolérer, gérer et surmonter. Elle résume cela ainsi, dans un entretien accordé à Parade : « préparer notre enfant pour la route, et non préparer la route pour notre enfant ».
Elle écarte aussi une idée reçue. La confiance ne tire pas l’enfant de son mauvais moment, mais elle ne l’y enfonce pas davantage. Avoir confiance, pour elle, c’est avant tout compter sur quelqu’un qui reste présent à ses côtés.
Asseyez-vous sur le banc avec lui plutôt que de l’en arracher
Dr Becky Kennedy utilise une image : celle d’un banc. Votre enfant s’y trouve avec une émotion difficile, par exemple le sentiment d’être mauvais dans un domaine, ou celui d’être mis à l’écart. Votre rôle n’est pas de le déloger. Vous venez simplement vous asseoir à côté de lui.
Ces bancs, explique la psychologue, nous y passons toute notre vie. Ce qui les rend plus faciles à vivre, c’est le souvenir que quelqu’un était là, que nous n’étions pas si seuls. Votre enfant gardera en mémoire un parent assis près de lui dans les moments sombres, avec cette pensée : « Mon parent en avait moins peur que moi. »
L’objectif est donc de lui donner des outils et des états d’esprit. Il pourra ainsi se sentir le droit d’être lui-même, et traverser une très large palette d’émotions sans se croire défaillant.
Face à « je suis nul », passez du global au spécifique
Quand un enfant se traite de nul ou d’incapable, la psychologue conseille de ramener ces mots extrêmes à une situation précise. Son principe tient en une phrase :
« Des émotions intenses conduisent à des mots intenses. »
Dr Becky Kennedy, psychologue clinicienne, à Parade
Derrière un « je suis tellement stupide », il y a souvent une feuille de mathématiques vraiment difficile. Rien de global là-dedans. Vous pouvez donc rester près de lui et demander : « Attends, qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui ? Raconte-moi ta journée. Parle-moi de cet exercice. »
| Ce que dit ou vit l’enfant | Le réflexe à lâcher | Ce que propose la psychologue |
|---|---|---|
| Un mot extrême sur lui-même | Répéter qu’il est formidable | Poser des questions sur sa journée et sur l’exercice |
| Une exclusion ou un concert manqué | Acheter tout de suite un billet ou minimiser | Reconnaître que la situation est pénible |
Pour une déception, nommer l’émotion vaut mieux que tout arranger
Autre scène fréquente : votre enfant n’est pas invité, ou ne ira pas au concert où tous ses amis seront. D’après la psychologue, la confiance ne viendra pas du billet acheté dans la minute. Elle ne viendra pas non plus d’un discours qui minimise ce qu’il ressent.
S’asseoir sur le banc peut tenir en quelques mots : « Ça craint. Je comprends. » Vous ajoutez que vous seriez contrarié vous aussi. Ce simple message en dit long, souligne-t-elle.
L’enfant en déduit que son parent, une personne capable et géniale à ses yeux, serait contrarié dans la même situation. Il peut donc l’être aussi. Être contrarié ne signifie pas qu’il doit se perdre. Les gestes les plus simples ont parfois l’effet le plus positif.
Ni arracher l’enfant à son malaise, ni paniquer avec lui
Entre tout arranger et s’affoler, Dr Becky Kennedy défend un juste milieu. Il n’est pas nécessaire de sortir l’enfant de son inconfort à tout prix. Il ne faut pas non plus laisser entendre que tout va s’écrouler. Votre présence montre que vous êtes avec lui, et c’est ce qui renforce sa confiance : vous plantez une graine.
Voici les trois gestes à retenir pour le prochain « je suis nul » :
- Vous asseoir près de lui, sans chercher à le sortir de son malaise en urgence.
- Passer du global au spécifique : l’inviter à raconter sa journée et l’exercice qui l’a mis en difficulté.
- Reconnaître l’émotion au lieu de la minimiser, avec des mots simples.
Vos questions
Pourquoi ne faut-il pas rassurer à tout prix un enfant qui se dit nul ?
D’après Dr Becky Kennedy, chercher à rendre l’enfant heureux en permanence peut accroître sa fragilité et son anxiété à l’âge adulte. L’enfance sert à apprendre à tolérer et à surmonter des situations difficiles. Mieux vaut l’accompagner que lui aplanir la route.
Que répondre concrètement à un enfant qui dit « je suis nul » ?
Passez du global au spécifique. Demandez-lui ce qui s’est passé aujourd’hui, invitez-le à raconter sa journée et à parler de l’exercice qui l’a mis en difficulté. Souvent, un mot extrême cache une difficulté précise et limitée.
Faut-il laisser l’enfant gérer seul sa déception ?
Non. La psychologue recommande de vous asseoir avec lui, sans l’arracher à son malaise et sans paniquer. Il se souviendra d’un parent présent, qui avait moins peur que lui, et c’est ce souvenir qui nourrit sa confiance.
Sources : Psychologies.


