Votre enfant de CE1 a écrit un « z » à la place d’un « s » dans ses devoirs. Vous prenez la gomme, ou vous le laissez chercher ? Deux enseignantes de CE1, filmées puis interrogées, ne font pas pareil et défendent chacune leur geste. Leurs arguments donnent un repère simple avant le prochain cahier.
En bref
- Émilie, enseignante de CE1, efface elle-même une lettre fautive, et sa collègue Romane arrête la vidéo, surprise par ce geste.
- Romane montre l’endroit de l’erreur et laisse l’élève corriger, car savoir reprendre son travail s’apprend aussi.
- Émilie gomme en quinze secondes pour garder l’attention sur l’orthographe, avec vingt-sept autres élèves et des mains levées.
Le chiffre clé : 27, autres élèves que l’enseignante doit gérer pendant qu’elle corrige un seul cahier.
Une enseignante efface une lettre, sa collègue arrête la vidéo
La scène est banale. Pendant un temps de travail individuel, Émilie circule entre les tables de sa classe de CE1. Elle s’arrête devant le cahier d’un élève qui a mal orthographié un mot, prend sa gomme et efface elle-même une lettre.
Cette séquence a été filmée. Émilie la regarde ensuite avec Romane, qui enseigne aussi en CE1, lors d’un entretien croisé mené avec un chercheur. Romane stoppe l’image et réagit tout de suite : ce geste lui paraît « bizarre ». Elle ajoute que ce n’est pas grave, mais que cela l’interroge.
Les deux enseignantes sont d’accord sur un point : l’erreur doit être corrigée. Leur désaccord porte sur la personne qui tient la gomme, et sur ce que l’enfant apprend, ou n’apprend pas, à ce moment précis.
Romane veut que l’élève retrouve et corrige lui-même son erreur
Pour Romane, la correction fait partie du travail de l’élève. Si l’adulte fait disparaître l’erreur, il ne reste à l’enfant qu’à écrire ce qu’on lui demande. Ce qui l’intéresse, c’est qu’il reprenne ce qu’il a fait, qu’il retrouve l’endroit où ça ne va pas et qu’il corrige seul.
Son geste à elle : montrer l’endroit, poser un petit point sous la lettre, demander à l’élève de regarder à nouveau. Mais elle ne prend pas sa gomme.
Elle met aussi en garde contre un effet d’accumulation. À force d’alléger les tâches parce qu’elles « parasitent » l’activité, on finit par tailler le crayon, chercher la règle, coller la feuille et ranger le cahier à la place des enfants. Et ensuite, dit-elle, on se plaint qu’ils ne sont pas autonomes.
« savoir reprendre son propre travail, ça s’apprend aussi »
Romane, enseignante de CE1, lors de l’entretien croisé
Elle assume donc de perdre deux minutes avec une gomme, même si cela fait des miettes partout. Avec un élève qui se disperse, elle préfère dire : « Prends ta gomme, je t’attends. »
Émilie gomme pour garder l’attention sur le mot, pas sur la gomme
Émilie répond par l’objectif de l’instant. Ce qu’elle veut, c’est que l’élève comprenne qu’il ne faut pas de « z » dans ce mot. Or, observe-t-elle, certains CE1 sortent la gomme, effacent la moitié du mot, soufflent sur les miettes. Trois minutes plus tard, ils ne savent plus pourquoi ils l’avaient sortie.
Elle affirme donc ne pas faire le travail intellectuel à la place de l’enfant. Elle retire une opération matérielle qui, chez certains, brouille complètement ce qu’elle cherche à obtenir. Elle compare cela au sport : si l’on arrête le match à chaque faute, on ne joue jamais.
Il y a aussi la réalité de la classe. Derrière son geste, des mains sont levées et vingt-sept autres élèves attendent. Passer cinq minutes à attendre qu’un élève sorte sa gomme, ce serait impossible trente fois dans une séance.
Dernier argument : la boucle courte. Elle efface, l’élève réécrit, elle dit « oui, c’est bon », et en quinze secondes c’est fini. Elle n’a rien à garder en mémoire. Elle précise que ce n’est pas valable pour tous : à la plupart, elle dit simplement « Là, tu as une erreur, corrige-la ». Le coup de gomme est réservé à deux ou trois élèves qu’elle risquerait de perdre en les laissant chercher leur matériel.
Aucune des deux méthodes n’est sans faille
Romane propose une alternative : signaler le problème et repartir avant que l’élève ait corrigé. Émilie refuse : le « je reviens » la « tue ». Elle repart avec quinze choses en tête, et une correction laissée en suspens devient ingérable.
Romane reconnaît le piège. Elle dit elle-même « je reviens » et parfois ne revient jamais, ou revient vingt minutes plus tard, au moment du rangement, pour découvrir que l’enfant n’a rien corrigé. Elle maintient pourtant que, quand cela marche, c’est très intéressant.
| Geste | Ce qu’il apporte | Sa limite, dite par les enseignantes |
|---|---|---|
| Gommer à la place de l’élève (Émilie) | Correction réglée en 15 secondes, attention préservée pour l’orthographe | L’élève ne s’entraîne pas à reprendre son travail, et les petites aides peuvent s’accumuler |
| Montrer l’erreur, laisser corriger (Romane) | L’élève retrouve l’erreur et la corrige lui-même | Cela prend du temps, et le « je reviens » peut ne jamais aboutir |
Émilie ajoute que le mot « autonomie » recouvre beaucoup de choses. On demande aux élèves d’être autonomes pour plein de tâches, et parfois, dit-elle, cela devient trop.
À la maison, le repère : que doit faire travailler cette correction ?
Les deux enseignantes parlent d’une classe, pas d’une table de cuisine. À la maison, vous n’avez pas vingt-sept autres élèves ni de mains levées dans votre dos. Le temps qui manque à Émilie, vous en disposez peut-être. Leur échange vous laisse surtout une question à vous poser avant d’attraper la gomme.
- Quel est l’objectif du moment ? Si c’est l’orthographe du mot, comme pour Émilie, la gomme matérielle peut être une perte de temps.
- Ou veut-on que l’enfant reprenne son travail ? Alors, comme Romane, montrez l’endroit, mettez un petit point dessous et demandez-lui de regarder à nouveau.
- L’enfant s’éparpille-t-il ? Émilie allège dans ce cas, mais seulement pour deux ou trois élèves. Romane préfère attendre et travailler ce point avec eux.
Ces pistes sont une lecture de leur échange, pas une règle fixée par elles. Elles-mêmes concluent peu : chacune garde son geste, et chacune en connaît le prix. Retenez surtout de ne pas faire ce geste par réflexe, sans savoir ce que vous voulez que l’enfant apprenne à cet instant.
Vos questions
Gommer à la place de mon enfant, est-ce faire le travail à sa place ?
Émilie, enseignante de CE1, répond que non : elle retire seulement une opération matérielle qui brouille le travail visé. Romane, sa collègue, craint qu’en multipliant ces petites aides, on finisse par tout faire à la place des enfants.
Comment signaler une erreur sans la corriger ?
Romane montre l’endroit de l’erreur, met un petit point dessous et demande à l’élève de regarder à nouveau. Elle ne prend pas sa gomme, pour que l’enfant retrouve lui-même ce qui ne va pas.
Faut-il attendre que l’enfant ait fini de corriger ?
Romane dit parfois : « Prends ta gomme, je t’attends », pour travailler la dispersion avec l’élève. Émilie ne peut pas le faire trente fois par séance, et elle juge le « je reviens » ingérable. Chacune connaît les limites de sa méthode.
Sources : Le Café pédagogique.


