Bigorexie chez les ados : pourquoi les réseaux sociaux l’alimentent, et ce que recommande Joseph Trunzo

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Téléphone posé sur un banc de musculation usé près d'haltères écaillées, dans une salle municipale vide

par | 5 octobre 2026 | News

Votre ado s’entraîne sans relâche, change son alimentation et ne se trouve jamais assez musclé, alors que son corps dit l’inverse. Ce peut être de la bigorexie. Les spécialistes expliquent pourquoi les réseaux sociaux alimentent ce trouble, surtout chez les garçons, et ce que les parents peuvent faire dès maintenant.

En bref

  • La bigorexie, ou dysmorphie musculaire, est une image de soi déformée : on se croit trop peu musclé, même avec un corps très musclé.
  • Une étude de 2019 chiffre à 22 % les adolescents américains concernés par des troubles alimentaires axés sur la musculature, contre 5 % des adolescentes.
  • Limiter les réseaux sociaux, discuter de ce que l’ado voit et valoriser autre chose que le corps sont les pistes recommandées.

Le chiffre clé : 22 % des adolescents américains avec des troubles alimentaires axés sur la musculature, selon une étude de 2019.

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La bigorexie est une image de soi déformée, centrée sur les muscles

On l’appelle aussi dysmorphie musculaire. Kara Becker, thérapeute spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire, la décrit comme un trouble psychologique : la personne se voit de travers, et tout tourne autour de la masse musculaire et de l’apparence.

Le cœur du problème, c’est la conviction de ne pas être assez musclé. Elle persiste même quand le physique est en réalité celui d’un culturiste. L’obsession devient alors envahissante.

Cette croyance pousse à des comportements malsains, explique Amy Gooding, psychologue clinicienne. Elle cite une pratique obsessionnelle du sport et des changements dans l’alimentation. Le trouble peut toucher n’importe qui, mais il est plus fréquent chez les hommes, et les recherches suggèrent qu’il progresse.

Chez les garçons, le trouble passe facilement sous le radar

Une étude de 2019, menée aux États-Unis, donne l’ordre de grandeur. Elle montre aussi que les compléments alimentaires, et même les stéroïdes, étaient courants chez les jeunes hommes adultes.

Indicateur Constat
Adolescents américains avec des troubles alimentaires axés sur la musculature (2019) 22 %
Adolescentes concernées (même étude) 5 %
Hospitalisations de patients masculins pour troubles alimentaires (étude canadienne) Hausse considérable depuis 2002

Jason Nagata, pédiatre et coauteur de l’étude de 2019, le dit nettement : les troubles alimentaires des garçons sont souvent sous-reconnus et sous-diagnostiqués.

Amy Gooding ajoute une raison très concrète. Certains comportements liés à la bigorexie sont valorisés dans les salles de musculation. Les personnes concernées hésitent donc à demander de l’aide, par honte, par discrétion, ou parce que tout cela leur paraît normal dans leur milieu.

Les réseaux sociaux imposent des corps idéalisés et poussent à la comparaison

Pour Jason Nagata, c’est l’un des principaux moteurs de la hausse. Les jeunes absorbent les idéaux corporels des médias. Ils ressentent aussi la pression de produire du contenu et d’exposer leur propre corps. Les corps masculins sont plus mis en avant que jamais, notamment par les influenceurs, et la comparaison constante peut mener à l’insatisfaction corporelle, puis à la bigorexie.

Joseph J. Trunzo, professeur de psychologie à l’université Bryant, rappelle ce que l’écran ne montre pas. Les influenceurs gagnent des millions de dollars grâce aux abonnés et aux « likes ». Ils les réinvestissent dans des coachs sportifs professionnels, des chefs cuisiniers à plein temps et d’autres experts qui entretiennent leur image.

S’y ajoutent les filtres, les angles de prise de vue, les poses, le maquillage et le montage. Selon lui, la plupart des adolescents de 15 ans ne pensent pas à tout cela devant une vidéo.

« Rien de tout cela n’est réel. »

Joseph J. Trunzo, professeur de psychologie à l’université Bryant (Rhode Island)

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Il juge la dynamique très dangereuse pour un jeune en âge d’être influencé : des versions irréalistes du corps humain, vues à un rythme jamais connu auparavant.

Certains profils sont plus vulnérables que d’autres

Les causes sont multiples, souligne Kara Becker. Les réseaux sociaux ne font pas tout. Voici les facteurs de risque cités par les spécialistes :

  • des antécédents familiaux de troubles mentaux, surtout liés à l’image corporelle ou à l’anxiété ;
  • une faible estime de soi, du perfectionnisme ou des tendances obsessionnelles-compulsives ;
  • des traumatismes et du harcèlement ;
  • la pratique de la musculation, ainsi que le sport de haut niveau.

Sur ce dernier point, Jason Nagata est clair : les personnes qui pratiquent la musculation courent un risque plus élevé que la population générale, tout comme les athlètes de haut niveau.

Pour un parent, la leçon est simple. Un ado perfectionniste, anxieux ou victime de harcèlement mérite une attention particulière quand il se met à l’entraînement intensif ou se compare en ligne.

Limiter les écrans, parler de ce qu’il voit et valoriser autre chose que le corps

Les spécialistes rappellent qu’il existe de nombreux moyens d’agir sur ce qui nourrit les complexes corporels. Le premier : réduire l’exposition.

« Limitez autant que possible l’utilisation des réseaux sociaux »

Joseph J. Trunzo, professeur de psychologie à l’université Bryant

Il reconnaît pourtant que votre enfant verra quand même ces images. D’où le deuxième geste : en discuter avec lui. Écoutez ce qu’il dit et la façon dont il interprète ce qu’il voit. Assurez-vous qu’il comprend la réalité cachée derrière ces corps, et qu’il ne les « gobe » pas.

Troisième piste : mettre en avant des valeurs qui dépassent l’apparence, comme la gentillesse, la créativité ou l’humour. Kara Becker insiste sur un espace sûr, propice aux conversations ouvertes, et sur l’exemple que vous donnez avec une attitude saine envers votre propre corps.

Même si votre enfant est encore loin de l’adolescence, ces réflexes de dialogue et d’exemple se construisent dès maintenant.

Vos questions

Bigorexie et dysmorphie musculaire, est-ce la même chose ?

Oui. La bigorexie est le nom courant de la dysmorphie musculaire. Il s’agit d’un trouble psychologique où l’image de soi est déformée autour de la masse musculaire, avec la conviction de ne pas être assez musclé.

Pourquoi la bigorexie passe-t-elle souvent inaperçue ?

Selon Amy Gooding, les comportements associés sont souvent valorisés dans les salles de musculation. Les personnes concernées hésitent aussi à demander de l’aide par honte, par discrétion, ou parce qu’elles jugent ces comportements normaux dans leur entourage.

Que peuvent faire concrètement les parents ?

Joseph J. Trunzo conseille de limiter autant que possible les réseaux sociaux et de discuter de ce que l’enfant y voit. Il recommande aussi de valoriser la gentillesse, la créativité ou l’humour. Kara Becker ajoute l’importance d’un espace sûr pour parler et d’un parent qui montre une attitude saine envers son propre corps.

Sources : Le HuffPost.

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