Vingt ans après la loi qui a ouvert l’école à tous les enfants handicapés, un enseignant spécialisé et chercheur tire un bilan sévère. Frédéric Grimaud publie L’école inclusive, une promesse trahie et explique ce qui bloque encore à l’école primaire, et pourquoi il faut continuer.
En bref
- La loi du 11 février 2005 a posé le droit de tout enfant handicapé à être scolarisé près de chez lui.
- Vingt ans après, enseignants, AESH et familles restent épuisés faute de moyens suffisants pour tenir cette ambition.
- Frédéric Grimaud distingue intégrer et inclure : l’école doit transformer son fonctionnement, pas seulement accueillir plus d’élèves.
Le chiffre clé : 20 ans, temps écoulé depuis la loi qui impose la scolarisation des enfants handicapés près de chez eux.
La loi de 2005 a changé le droit, pas encore la réalité de la classe
La loi du 11 février 2005 a posé un principe simple : tout enfant en situation de handicap a le droit d’être scolarisé dans l’école la plus proche de chez lui. Ce n’est plus à l’enfant de s’adapter à l’école, c’est à l’école de devenir accessible à l’enfant. Vingt ans plus tard, Frédéric Grimaud, enseignant spécialisé et chercheur, publie L’école inclusive, une promesse trahie (ESF, 2026) pour dresser le bilan de cette révolution inachevée.
Pour lui, la promesse n’a pas été tenue à la hauteur de son ambition. Les enseignants doutent, les AESH souffrent, les familles s’épuisent, et certains enfants restent encore au bord du chemin, selon son constat.
« On a proclamé une loi majeure sans transformer suffisamment l’école pour la rendre réellement inclusive. »
Cette phrase de Frédéric Grimaud résume l’écart qu’il pointe entre le texte de loi et les moyens réellement engagés pour le mettre en œuvre à l’école primaire comme ailleurs.
Intégrer un enfant et l’inclure ne veulent pas dire la même chose
Frédéric Grimaud insiste sur une distinction qu’il juge décisive pour comprendre ce qui coince encore aujourd’hui à l’école : « Inclure n’est pas intégrer. » Dans une logique d’intégration, l’école reste globalement identique, et l’on cherche des aménagements pour que l’enfant handicapé y trouve sa place. On agit autour de lui pour compenser ses difficultés.
L’inclusion renverse cette logique. Elle demande d’interroger l’environnement lui même, celui qui produit ou amplifie la situation de handicap. Ce n’est plus seulement l’enfant qu’on ajuste, c’est l’école qui doit changer de fonctionnement pour devenir accessible à tous, sans que cela repose uniquement sur les épaules des enseignants et des AESH.
Un même enfant peut être en difficulté le matin et brillant l’après-midi
Pour expliquer pourquoi le handicap n’est pas une caractéristique figée, Frédéric Grimaud s’appuie sur la classification du chercheur Philip Wood, qui distingue déficience, incapacité et désavantage. Une même déficience ne produit pas les mêmes effets selon les situations : le handicap naît de la rencontre entre une personne et un environnement plus ou moins accessible.
Il prend l’exemple d’un élève dyslexique, très en difficulté pendant une dictée, mais qui peut se révéler parmi les plus performants de la classe quelques heures plus tard, en sciences, en poésie, en EPS ou lors d’un débat. C’est pourtant le même enfant. Cet exemple illustre, selon lui, pourquoi il faut agir sur le milieu scolaire plutôt que sur le seul enfant.
Neuf leviers à transformer pour une école vraiment accessible
Agir sur le milieu plutôt que sur l’enfant seul suppose, selon Frédéric Grimaud, de repenser plusieurs dimensions du fonctionnement scolaire à la fois. Il en dresse la liste dans son entretien :
- Les supports pédagogiques utilisés en classe
- Les consignes données aux élèves
- Les évaluations
- Les rythmes scolaires
- L’organisation de la classe
- Le bâti des établissements
- Les programmes
- La coopération avec le secteur médico-social
- Les métiers de l’école eux-mêmes
C’est cette révolution globale, et non un simple accueil de davantage d’enfants différents dans une école qui resterait identique, que la loi de 2005 a demandé à l’institution selon lui. Le problème, insiste-t-il, est qu’elle a surtout été portée par les enseignants et les AESH, souvent sans être suffisamment pensée avec eux ni dotée des moyens nécessaires.
Pour Frédéric Grimaud, l’inclusion reste une chance pour toute l’école
Malgré ce constat sévère, Frédéric Grimaud refuse de remettre en cause le principe de l’inclusion. Il y voit au contraire une opportunité pour construire une école plus juste.
« L’inclusion est une opportunité pour élaborer ensemble une école plus juste et plus égalitaire. »
Il situe ce mouvement dans la continuité de deux autres grands renversements de l’histoire de l’école publique : la mixité, puis la volonté de faire fréquenter une école commune aux enfants de toutes les classes sociales, dont le collège unique est un symbole. L’inclusion, écrit il, poursuit et achève ce mouvement en ouvrant toute l’école aux enfants en situation de handicap, car « tous les enfants ont le droit à toute l’école ».
Il met cependant en garde contre une tentation actuelle : « Le danger aujourd’hui serait de faire payer à l’idéal les échecs de sa mise en œuvre. » Autrement dit, ce ne serait pas l’inclusion elle même qu’il faudrait remettre en question, mais les moyens insuffisants mis à son service depuis vingt ans.
Vos questions
Que dit la loi du 11 février 2005 sur le handicap à l’école ?
Elle pose le droit de tout enfant en situation de handicap à être scolarisé dans l’école la plus proche de son domicile. C’est un renversement de logique : ce n’est plus à l’enfant de s’adapter à l’institution, c’est à l’école de devenir accessible.
Quelle différence Frédéric Grimaud fait il entre intégrer et inclure un enfant handicapé ?
Intégrer, c’est adapter des aménagements autour de l’enfant sans changer l’école. Inclure, c’est transformer l’environnement scolaire lui même, ses supports, ses évaluations, son organisation, pour qu’il devienne accessible à tous les enfants.
Pourquoi certains enseignants doutent ils aujourd’hui de l’école inclusive ?
Frédéric Grimaud observe une inquiétude montante dans les salles de profs, mais il l’attribue aux conditions de mise en œuvre, pas à un rejet de l’inclusion elle même. Enseignants et AESH manquent de soutien et de moyens pour la réaliser, selon lui.
Sources : Le Café pédagogique.


